Paris habitable : réponse thermique aux canicules
Les Editions écologiques Frémeaux & Associés, La Foncière sociale et conventionnelle SCI Frémeaux Colombini, et Forêts et Campagnes d'Avenir proposent une réflexion aux Architectes des Bâtiments de France sur l'habitabilité de Paris sur un mode peu carboné.
Profiter de l'inertie thermique des bâtiments
Face aux canicules croissantes, les immeubles haussmanniens possèdent un atout majeur : l’inertie thermique considérable de ses murs en pierre, à condition d’empêcher cette masse de se charger en chaleur. Paris comprend quatre grands types d'habitat ; le vernaculaire avant 1820 qui présente un véritable problème d'isolation sauf bâti médiéval, les constructions hygiénistes incluant l'haussmannien de 1820 à 1939, la construction industrielle de 1945 à 1974, et enfin l'habitat normé de 1975 à 2026.
Réduire l'albédo des toitures
Peindre les toitures en blanc permet de réfléchir une part importante du rayonnement solaire plutôt que de le transformer en chaleur accumulée dans le bâtiment.
Selon MIE, Nous devrions réduire l’albédo des toitures avec le “cool roofing” : Lorsqu’il est structurellement ou financièrement impossible de végétaliser un toit, il est possible d’agir sur le coefficient réfléchissant de celui-ci, en y appliquant une peinture blanche spécialement conçue pour cette application*.
*Un débat culturel et esthétique sur l’héritage patrimonial des toits parisiens Néanmoins, les modifications structurelles de l’esthétique de la “mer de zinc” caractéristique du “paysage” de Paris peuvent être source de conflits d’usages et de perception, et font l’objet de débats. Ainsi, l’inscription possible des toits en zinc au Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO, à travers le geste des couvreurs zingueurs, a fait l’objet d’un débat contradictoire au sein de la MIE. Ce ne sont pas les toits en zinc qui seraient classés, mais « Les savoir-faire des couvreurs zingueurs et des ornementalistes ». Ces couvreurs-zingueurs, au nombre de 5000 à 8000 pour Paris, ont un savoir-faire unique et interviennent sur des ouvrages emblématiques comme la reconstruction de Notre Dame. La dernière école de couverture, le CFA Maximilien Perret à Vitry sur seine accueille 1100 jeunes apprentis des métiers de la transition énergétique du bâtiment pour les former à l’évolution du travail des couvreurs, aux nouvelles techniques d’isolation et au recyclage du zinc qui seront les défis de demain pour cette profession.
Autre solution pour les toits selon MIE : Installer des altanes qui sont des constructions, généralement de bois, qui sert de terrasse “par-dessus” le toit (en pente ou non) des habitations vénitiennes. Ces espaces, moins fréquents de nos jours du fait de régulation, étaient à l’origine créés pour offrir un espace extérieur de séchage, de détente ou de socialisation. Ces dispositifs présentent des avantages pour les toitures en pente, qui ne peuvent être végétalisées comme les toitures plates, en matière de réduction des températures dans les étages supérieurs situés sous le toit. Les constructions anciennes étant généralement sur-dimensionnées en termes de capacité de charge, une telle solution semble envisageable à Paris sur le bâti existant. Jusqu’à présent, aucun projet n’a été autorisé du fait des refus de permis, pour raisons patrimoniales.
Installer des stores au dessus des fenêtres
- Des stores extérieurs en tissu protègent les fenêtres en montée en chaleur (y compris les doubles ou triples vitrages au gaz argon). Les ABF pourraient définir une couleur pierre standardisée ou par couleurs locales selon les rues.
- Un bardage léger en bois, désolidarisé de la pierre et ménageant une lame d’air ventilée, pourrait protéger les façades les plus exposées tout en laissant respirer le bâtiment.
L’objectif n’est donc pas d’isoler lourdement l'ensemble du bâti parisien, mais de conserver leur formidable inertie en empêchant le soleil de chauffer directement leur masse minérale.
Le bois devra être traité selon les modalités de construction des pays nordiques, et peint dans une teinte pierre à définir par les ABF qui laisserait à Paris ses couleurs actuelles et permettrait d'homogénéiser les immeubles vernaculaires, avec les haussmanniens, les industriels et les normés.
Renaturation
Réfléchir à l'ensemble des endroits où un revêtement pourrait être supprimé au profit de plantations. La ville de Joigny ayant paré au plus important en débitumant progressivement toutes les cours d'écoles. Avoir une réflexion qui réinclut le vivant selon cahier des charges d'habitabilité des designers du vivant (Voir "Designer pour un monde vivant" de Nicolas Roesch aux Editions Frémeaux. MIE : En vue d’amplifier l’évapotranspiration qui est le principal vecteur de fraîcheur, on doit réfléchir à transformer les cours intérieures des immeubles en patios végétalisés, avec présence d’eau, et de solliciter les Parisiens pour verdir leurs balcons et terrasses.
Ces dispositifs passifs permettraient de diminuer les températures intérieures et de limiter considérablement le recours à la climatisation, qui rejette à son tour de la chaleur dans les rues. Ils peuvent être conçus de manière élégante, réversible et compatible avec l’identité architecturale de Paris, en faisant de l’adaptation climatique un nouveau projet esthétique.
Plutôt que de subir la transformation du climat, Paris qui se positionne en ville progressiste pourrait ainsi utiliser l’intelligence thermique de son patrimoine pour inventer son nouveau modèle haussmannien, avec une charte de couleurs qui permettrait d'associer les immeubles vernaculaires, et ceux des périodes industrielles et normées.


Les canicules répétitives, et le réchauffement climatique de 0.026 degré/An additionné aux aléatoires climatiques, sont désormais dangereuses pour la santé de tous et le maintien des espérances de vie.
Les Editions écologiques Frémeaux & Associés, La Foncière sociale et conventionnelle SCI Frémeaux Colombini, et Forêts et Campagnes d'Avenir proposent une réflexion aux Architectes des Bâtiments de France sur l'habitabilité de Paris sur un mode peu carboné.
Le Rapport « Paris à 50 °C » (2023), issu de la Mission d'Information et d'Évaluation (MIE) du Conseil de Paris explore la vulnérabilité de la capitale face à des méga-canicules. L'Étude d'impact du Lancet Planetary Health (2023) a analysé 854 villes européennes. Elle démontre que Paris présente le risque de surmortalité liée à la chaleur le plus élevé d'Europe, en raison de sa densité et du manque de végétation.
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